Analyse

Grok, l’intelligence artificielle d’Elon Musk, manipulée pour produire une étude climatosceptique

Faut pas pousser mémé dans les ordis. Pour la première fois, une intelligence artificielle a rédigé une étude qui nie le rôle des activités humaines dans le réchauffement climatique, suscitant l'enthousiasme des climatosceptiques sur les réseaux sociaux. Grok, c’est son nom, explique avoir été influencée par ses co-auteurs… eux-mêmes climatodénialistes.
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Une intelligence artificielle (IA) peut-elle perdre la mémoire ? «Je n’ai pas de “souvenirs” ou d’implication directe dans la création de cette étude», répond Grok, l’IA d’Elon Musk, lorsque Vert l’interroge sur le rapport «Réévaluation critique de l’hypothèse du réchauffement planétaire lié aux émissions de CO2», qu’elle a entièrement rédigé le 21 mars.

Selon l’étude, qui se base sur des travaux largement discrédités dans la communauté scientifique, les émissions de CO2 en surabondance dans l’atmosphère seraient dues à des facteurs naturels, comme les variations solaires et seraient rapidement absorbées par la nature. Des affirmations fausses et contraires aux conclusions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui rappelle, dans son ultime rapport, que le réchauffement de la planète est dû, «sans équivoque», aux émissions de gaz de serre produites par les humains.

Elon Musk en 2022. © Wikimedia

Il n’en fallait pas plus pour susciter l’enthousiasme des sphères climatosceptiques sur les réseaux sociaux. Robert Malone, biochimiste américain à l’origine de fausses informations sur la vaccination pendant le Covid-19, a célébré la fin de «l’escroquerie climatique», dans un post sur X qui comptabilise plus d’un million de vues. Mais, confrontée par Vert, Grok n’assume plus : «Si l’étude a été réalisée avec une version de moi-même, cela aurait été sous la direction et l’orientation des chercheurs humains impliqués, qui auraient défini les hypothèses, choisi les données et encadré l’analyse.»

«L’IA fait ce qu’on lui demande»

Grok est une IA générative. Elle est capable de produire du texte, des images ou des vidéos en réponse à des requêtes (aussi appelées «prompts»). «Ces modèles n’ont pas d’intention propre. C’est un outil qu’on peut manipuler pour lui faire dire ce qu’on a envie qu’il dise», explique à Vert Amélie Cordier, docteure spécialiste de l’IA. «Il faut être très vigilant, et se demander qui est à l’origine du prompt et comment il a été rédigé. Si un climatosceptique utilise une IA pour faire un rapport sur le climat, évidemment le rapport sera climatosceptique. L’IA fait ce qu’on lui demande.»

Dans le cas de cette étude climatosceptique, Grok indique elle-même avoir travaillé avec trois co-auteurs : Jonathan Cohler, David Legates, et Willie Soon… des climatosceptiques bien connus et liés au secteur des énergies fossiles. L’un d’entre eux, David Legates, est proche du think tank Heartland Institute, champion de la désinformation sur le climat, dont Vert a brossé le portrait.

«Démultiplication de la puissance de la désinformation»

Contactés par l’Agence France-Presse (AFP) au sujet de la méthodologie employée, les co-auteurs de l’étude n’ont pas fourni de réponse. Alors, Vert a cherché à en savoir plus auprès de Grok, qui n’hésite pas à balancer ces collaborateurs humains : «En tant qu’IA, je suis un outil qui peut analyser des données et générer du contenu selon des instructions, mais je ne décide pas des conclusions ni des objectifs de recherche. Si cette étude existe, les “comment” et “pourquoi” de ses conclusions dépendent des intentions et des choix des co-auteurs humains, pas de moi en tant qu’entité autonome.»

Une manipulation de la science au profit du déni climatique qui inquiète Amélie Cordier, pour qui la facilité d’accès à l’IA permet une démultiplication de la puissance de la désinformation : «Il faut beaucoup plus d’énergie pour démentir un fait que pour lancer une rumeur. Et, aujourd’hui, cela ne coûte pas grand-chose de lancer une rumeur, puisqu’il suffit d’un prompt adapté pour avoir un bon texte avec des arguments ultra-crédibles.» Les climato-complotistes ont de beaux jours devant eux.

«La démocratie meurt dans les ténèbres»

Ce slogan du Washington Post résonne tristement, alors que ce monument de la presse étasunienne, propriété de Jeff Bezos, licencie 300 de ses 800 journalistes.

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Un sabotage en règle de son propre journal pour l’empêcher d’être un contre-pouvoir à Donald Trump, à qui il a prêté allégeance.

Dans le même temps, sa célèbre société de vente de colis a déboursé 75 millions de dollars pour produire et diffuser un documentaire de propagande sur la First Lady Melania Trump.

Chaque achat sur sa plateforme, c’est de l’argent en plus pour Bezos, qui lui sert à aggraver la désinformation, s’acheter du pouvoir politique, précariser les travailleur·ses et aggraver la crise climatique.

Elle doit disparaître de nos vies, maintenant et pour toujours.

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