Dans l’espace public comme dans nos poches, la publicité s’impose à nos yeux, si bien que l’on n’y prête même plus attention. Pourtant, nos modes de vie, notre consommation, nos croyances et nos perceptions sont largement conditionnées par les messages publicitaires. Alors que de nombreux secteurs se réinventent pour prendre en compte les limites de notre planète, la publicité semble hermétique, pour ne pas dire en résistance face à ces changements.
La consommation est au cœur de nos vies occidentales. La publicité nous persuade que notre valeur sociale peut se mesurer au travers de nos apparences, de nos objets, d’une Rolex ou d’une voiture. Elle nous pousse à envisager notre relation au monde en fonction de notre pouvoir d’achat ; à privilégier l’avoir sur l’être.
En moins de 100 ans, nous avons basculé dans une consommation de masse, un marketing tribal et une hyperpersonnalisation. Nous avons grandi avec la fast fashion de Zara, aujourd’hui dépassée par l’ultra fast fashion des plateformes Shein ou Temu : notre besoin de consommation semble hors de contrôle. On passe de la 4G à la 5G, du smartphone à l’Apple vision pro, sans interroger les besoins, les impacts ou la valeur ajoutée.
Bloqués dans un triangle de l’inaction, l’État, les entreprises, et les citoyens attendent passivement que les choses changent. Alors que les solutions se trouvent sous nos yeux. Diminuer et maintenir une consommation compatible avec les objectifs environnementaux que la France s’est fixée à horizon 2050, serait un bon début.
Si la publicité n’est ni une priorité pour l’État, ni pour les médias, ni pour la population ou les entreprises, c’est aux communicant·es eux-mêmes de fixer un cadre cohérent à leur métier. En tant que professionnel·les de la communication :
• Exigeons un droit de refus à nos employeurs, qui nous permette de ne pas travailler pour des clients climaticides.
• Exigeons la mise en place de chartes d’éthique au sein des services de communication, pour rationaliser les objectifs et les mettre en cohérence avec les limites planétaires.
• Exigeons la création d’un organe de régulation publicitaire public. Et d’une gouvernance qui intègrerait à parts égales des représentant·es de différents secteurs, associations de consommateur·ices, associations environnementales, scientifiques et sociologues, qui œuvreraient au bénéfice de l’intérêt général, plutôt qu’au détriment du climat.
• Exigeons un cadre professionnel socialement utile, porteur de sens, épanouissant, compatible avec les enjeux environnementaux.
• Exigeons une communication responsable.
À la lumière des connaissances scientifiques, continuer à laisser agir le secteur publicitaire en toute impunité, c’est se rendre complice de la surconsommation des ressources naturelles, de l’accélération du changement climatique et de la destruction du vivant. C’est ignorer sciemment les risques qu’engendrent les impacts de notre activité pour les générations futures.
Communicant·es, réveillez-vous, exigez, bifurquez, résistez, questionnez !
Félicien Creuchet, communicant engagé, membre du collectif Pour un réveil écologique.
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