Cet article est issu de la série de Vert sur les enjeux des élections municipales, en partenariat avec plusieurs médias locaux indépendants. Journal d’investigation locale, Mediacités est implanté à Lyon, Nantes, Toulouse et Lille.
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Excepté la parenthèse Pierre Cohen (Parti socialiste, puis Génération.s) entre 2008 et 2014, le centre droit et la droite règnent sans partage sur Toulouse depuis 1971. Cela, malgré des résultats localement favorables à la gauche lors des scrutins nationaux. Alors que Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) a viré largement en tête au premier tour de la présidentielle 2022 dans la Ville rose, un autre Jean-Luc espère maintenir Toulouse à droite à l’occasion des municipales de mars.
Élu depuis 1985 comme conseiller municipal, adjoint entre 1995 et 2004, puis maire de 2004 à 2008 et depuis 2014, Jean-Luc Moudenc (sans étiquette, ex-Les Républicains) a résisté à la «vague verte» en 2020, dans un contexte d’abstention record, de pandémie de Covid-19 et de divisions de la gauche. Renouvellera-t-il l’exploit, alors que l’usure du pouvoir et sa mise en cause personnelle dans une affaire de détournement de fonds publics ternissent encore un bilan contrasté ?

Pour le déterminer, les Toulousain·es devront décider s’il a su adapter la ville au réchauffement climatique ; s’il a réduit les embouteillages et la pollution ; s’il a amélioré les transports et l’accès aux services publics ; s’il a rénové les écoles et construit suffisamment de logements accessibles. Elles et ils diront aussi, par leur vote, si l’augmentation des caméras de vidéosurveillance et l’armement des policier·es municipaux·les améliorent leur sécurité ; si les associations sont suffisamment soutenues par la municipalité ; s’il est judicieux de déléguer la gestion de l’eau, des parkings, des crèches et de certaines institutions culturelles à des entreprises privées ; et si les économies réalisées pour faire face aux baisses de dotations de l’État sont appropriées.
Le bilan du pouvoir sortant
27. Comme le nombre de kilomètres de la ligne C du métro, encore en travaux. Promesse de campagne du candidat Moudenc en 2014 et 2020, la troisième ligne de métro devait être mise en service en 2025. Lancé en 2022, le chantier connaît d’importants retards : l’inauguration est désormais prévue fin 2028 – les plus sceptiques tablent sur 2030. Estimé initialement à un peu plus d’un milliard d’euros, le coût de cette infrastructure s’approche aujourd’hui des quatre milliards. À terme, 200 000 personnes doivent emprunter chaque jour cette nouvelle ligne qui desservira 21 stations.

710. Comme le nombre de caméras de vidéosurveillance. Entre 2014 et 2025, Jean-Luc Moudenc a installé près de 700 caméras pour quadriller la commune. À 17 000 euros le dispositif, la facture s’élève à près de douze millions d’euros au total. Comme cela ne suffisait pas, Jean-Luc Moudenc a promis d’en installer une dans chaque rue cette année. Il en resterait 3 000 à équiper, selon les estimations de Mediacités. Cette surenchère sécuritaire a un coût : près de 80 millions d’euros s’il fallait installer toutes ces caméras. Un matériel qui rend aussi possible la vidéosurveillance algorithmique. Souriez !
100 000. Comme le nombre d’arbres plantés par la mairie depuis 2020. La promesse de campagne prévoyait d’atteindre cet objectif en 2030. Celui-ci est déjà dépassé. À titre d’exemple, 34 000 arbres ont ainsi été installés sur l’île du Ramier, entre deux bras de la Garonne, au sud de Toulouse. 5 000 autres l’ont été dans la zone déjà verte des Argoulets, 7 685 arbres au niveau des portes de la ville et encore 10 000 au domaine de Candie, la ferme municipale. Les autres sont disséminés aux quatre coins de la ville.
2 600. C’est le nombre de logements sociaux financés chaque année depuis dix ans par Toulouse Métropole. La collectivité en revendique même 2 800 pour la seule année 2025. Parallèlement, le plan de rénovation thermique a connu des ratés. Seulement 4 100 logements ont été rénovés en 2023 dans la métropole toulousaine, au lieu des 7 000 prévus chaque année.

10. Comme le nombre d’années de prison que risque Jean-Luc Moudenc dans le cadre de l’enquête pour détournement de fonds publics et financement illégal de sa campagne électorale en 2020. À la suite des révélations de Mediacités et après une plainte d’Anticor, une enquête préliminaire a été ouverte au parquet d’Auch pour faire la lumière sur l’implication des collaborateur·ices du maire à tous les échelons de la campagne municipale entre 2019 et 2020, pendant leurs heures de travail et aux frais de la collectivité.
Dix candidats pour le Capitole
En campagne depuis 2023, le maire sortant brigue un troisième mandat consécutif. Sans étiquette depuis qu’il a quitté Les Républicains (LR), Jean-Luc Moudenc conduit une liste rassemblant la droite et le centre droit (Renaissance, Modem, UDI, LR, Horizons, Parti radical). Il promet «l’ordre et le progrès» pour son futur mandat, mais peine à proposer des mesures fortes après plus de dix ans au pouvoir et quelques casseroles judiciaires. À ce stade, il promet d’agrandir le Stadium, où évolue le club de football toulousain ; de prolonger le téléphérique urbain Téléo vers l’est de la commune ; de multiplier le nombre de caméras de surveillance et de généraliser la mutuelle communale. Le tout, sans augmenter les impôts.
En face, le premier à se lancer à gauche a été le député La France insoumise François Piquemal. Après avoir tendu la main – en vain – aux Écologistes et à la liste citoyenne Archipel citoyen (un microparti étiqueté à gauche), l’insoumis a attiré l’Assemblée des quartiers et Tous pour Toulouse, deux collectifs qui représentent les quartiers populaires. S’y ajoutent le NPA-L’Anticapitaliste et quelques dissident·es écologistes et archipélien·nes.

Les 485 mesures de son programme promettent un changement de cap pour Toulouse : encadrement des loyers, gratuité partielle des transports en commun, réorganisation de la police municipale, construction d’un parc à la place de l’hippodrome et soutien accru aux associations.
À la tête de l’autre liste de gauche, le socialiste François Briançon et ses allié·es (Parti communiste français, Mouvement républicain et citoyen, Parti radical de gauche, Place publique et Génération.s) ont réussi à rassembler Les Écologistes et Archipel citoyen. Présenté début février, leur programme se décline en 60 mesures et 12 priorités. L’ancien adjoint de Pierre Cohen prévoit de construire 15 000 logements à loyers modérés, d’en réhabiliter 30 000, de recruter une centaine de policier·es supplémentaires et de créer 1 000 places de crèche. Il veut également réduire la place de la voiture sur les boulevards de la commune, en faveur des modes de déplacement doux.
Mal aimée des Toulousain·es, l’extrême droite tentera de siéger de nouveau au conseil municipal après des années d’absence. Peu présent dans la ville rose, l’eurodéputé Julien Leonardelli mène la liste du Rassemblement national. Son programme se borne pour l’instant à sabrer dans les subventions pour financer une baisse des impôts. Porté par la vague brune au niveau national, il pourrait dépasser les 10% et se maintenir au second tour. Un scénario noir pour le maire sortant, qui ne pourrait pas compter sur le report des voix des électeur·ices lepénistes.
Dans la même famille xénophobe, le zemmouriste Arthur Cottrel va porter les couleurs de Reconquête. Comme Jean-Luc Moudenc, il veut préserver l’identité toulousaine et installer des caméras : 5 000, dans son cas.
Cinq autres listes sont promises à des scores mineurs. À l’extrême gauche : Révolution permanente, avec Vanessa Pedinotti, travailleuse dans l’aérospatiale et syndicaliste ; Lutte ouvrière, avec Malena Adrada, professeure des écoles ; et le NPA-Révolutionnaires, avec Guillaume Scali, ouvrier dans l’aéronautique. Deux listes indépendantes complètent le paysage. Nouvel Air, associé au parti écolo Equinoxe, propose un réaménagement urbain et la transformation de l’hippodrome.
De son côté, «Toulouse à pied et en commun», menée par Richard Mébaoudj, l’opposant principal à la Tour Occitanie – un projet de tour de 153 mètres prévu non loin de la gare Matabiau –, propose essentiellement de donner la priorité aux piéton·nes et de pénaliser les cyclistes qui roulent sur les trottoirs.
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