Les cigarettes électroniques présentent des risques non négligeables pour la santé. Mais vapoter induit globalement un moindre niveau de danger comparé au tabac fumé, atteste une nouvelle étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), publiée ce mercredi. «Aucune catégorie d’effet ne dépasse, en gravité ni en niveau de preuve, celles observées pour le tabac fumé», conclut la quinzaine de chercheur·ses qui travaille, depuis 2023, à l’évaluation des risques sanitaires du vapotage – une pratique qui concernait 8,3% des 18-75 ans en 2023.

Pour parvenir à ces conclusions, très attendues par les professionnel·les de santé et l’État, le groupe «Produits du tabac et du vapotage» de l’Anses a passé au crible l’ensemble des travaux scientifiques disponibles sur les effets de la cigarette électronique chez des personnes initialement saines et non‑fumeuses de tabac. «Cela correspond à environ 3 000 articles», précise Éric Vial, directeur de l’évaluation des risques au sein de l’agence publique.
Des «niveaux de preuve» ont ensuite été attribués à chaque type de risque identifié – cancérogène, respiratoire, cardiovasculaire… –, en fonction du nombre d’études disponibles, de la convergence de leurs résultats et de leur qualité méthodologique.
Un risque est dit «avéré» lorsqu’il existe suffisamment d’études humaines solides et concordantes. Il est qualifié de «probable» lorsque les données humaines sont limitées mais étayées par des résultats robustes chez l’animal. «Possible», lorsqu’il repose sur des études fiables menées principalement en laboratoire ou sur les animaux. Et «insuffisant» lorsque les connaissances restent trop lacunaires. Un processus rigoureux qui «donne sa robustesse à l’expertise», souligne Éric Vial.
Troubles cardiovasculaires, respiratoires et cancers
Derrière leur innocent parfum de barbapapa, de fruit de la passion ou de bubblegum, les cigarettes électroniques qui contiennent de la nicotine sont associées de manière «probable» à certains troubles cardiovasculaires, comme «l’augmentation de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque», détaille Carole Leroux, de l’unité d’évaluation des produits du tabac et produits connexes de l’Anses. À long terme, le vapotage pourrait également être lié à une augmentation du risque d’infarctus du myocarde, même si le niveau de preuve est à ce stade jugé «possible».
Le vapotage expose aussi à des effets respiratoires «possibles», avec ou sans nicotine dans les e‑liquides. Il augmente notamment le risque de développer des pathologies telles que la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), une maladie pulmonaire chronique incurable qui réduit durablement le flux d’air et peut entraîner des lésions sévères des poumons.
Enfin, la cigarette électronique est associée à un risque de cancer qualifié de «possible». «À ce jour, aucune étude épidémiologique menée chez les utilisateurs de cigarette électronique n’a mis en évidence l’apparition de tumeurs», nuance Carole Leroux. En revanche, plusieurs travaux expérimentaux chez l’animal, ainsi que quelques études chez l’humain, montrent des modifications biologiques «compatibles avec les premières étapes de la cancérogenèse». L’Anses relève également des effets «possibles» sur le développement cardiovasculaire et respiratoire d’un fœtus exposé in utero.
Les aldéhydes pointés du doigt
Dans un second temps, l’agence publique a analysé les composés émis et inhalés lors du vapotage. Les résultats désignent principalement les aldéhydes : acétaldéhyde, acroléine, formaldéhyde, furfural, glyoxal ou encore propionaldéhyde. Ces substances sont connues pour leurs effets toxiques, notamment cancérogènes. L’expertise montre que «l’absence de combustion n’empêche pas la formation d’aldéhydes dans les émissions du vapotage» et que «l’inhalation de ces composés présente un risque sanitaire pour le vapoteur».
Dans ce contexte, Benoît Labarbe, chef de l’unité d’évaluation des produits du tabac à l’Anses, appelle à renforcer «l’encadrement des ingrédients» utilisés dans les cigarettes électroniques. Il exhorte les autorités à mieux faire respecter l’interdiction de vente aux mineur·es, la consommation par les adolescent·es étant aujourd’hui «largement motivée par un effet de mode et l’attrait pour certains produits de vapotage au goût fruité». Il appelle également à appliquer plus strictement le principe d’interdiction de la publicité des produits du vapotage, en vigueur depuis 2016.
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