«Fabriqué en France», «Origine France», «Créé en France», «Design Français»… Les marques rivalisent d’inventivité pour mettre en avant l’origine, réelle ou supposée, de leurs produits. Pour les consommateur·ices, distinguer les labels fiables des simples arguments marketing relève souvent du casse-tête, qu’il s’agisse d’alimentation, de cosmétiques ou de vêtements.
Cet article est issu de la série Label Vert. Chaque semaine, nos journalistes analysent des produits, décryptent des tendances et répondent de manière sourcée aux questions que vous vous posez sur la consommation. Le but : vous aider à faire des choix respectueux de votre santé et de l’environnement. Retrouvez tous nos articles ici.
Mettre en avant l’origine française vise à rassurer au moment de l’achat. Elle évoque un savoir-faire bleu-blanc-rouge, tout en faisant écho à des préoccupations sociales et environnementales. Et pour cause : un produit importé en France génère en moyenne 58% d’émissions de CO2 de plus qu’un produit fabriqué sur le territoire, selon la Fédération indépendante du made in France. Mais toutes les mentions ne se valent pas.
Le «made in France», un marquage officiel très encadré
Tout d’abord, il existe un marquage officiel : «Made in France» ou «Fabriqué en France». Celui-ci repose sur des critères stricts définis par le droit français, lui-même fondé sur le code des douanes de l’Union européenne.
Un produit peut bénéficier de cette mention dans plusieurs cas. D’abord, lorsqu’il est entièrement fabriqué sur le territoire français, comme certains produits agricoles (fraises, noisettes, céréales…). Ensuite, lorsque tous les éléments qui le composent sont d’origine française. C’est le cas d’un meuble qui serait fabriqué à partir de bois issu de forêts françaises, et qui serait recouvert d’une peinture produite en France.

Le marquage «made in France» peut également s’appliquer à des produits intégrant des composants importés (du tissu ou du fil provenant d’Asie, par exemple). Dans ce cas, une condition clé s’impose : la dernière «transformation substantielle» doit avoir lieu en France.
Pour savoir si cette condition est respectée ou non, «un deuxième niveau de règles existe», explique Valérie Brochet, cheffe de la section Politique tarifaire à la douane française. Celles-ci varient en fonction du produit, et sont très exigeantes. Pour un t-shirt dont le tissu est originaire d’Inde, mais dont la découpe, la teinture et la broderie ont été réalisées en France, «on pourra considérer qu’il est fabriqué en France», analyse la douanière. En revanche, si «un t-shirt blanc est importé de Chine et que son fabricant s’est contenté d’ajouter une impression du logo en France, il ne pourra pas bénéficier du marquage», ajoute-t-elle.
Ce dont il faut se méfier : le «designé à Paris»
Si la mention «Fabriqué en France» apparaît sur un produit, «il s’agit bien d’un produit fait en France, et donc qui dispose de garanties écologiques», résume Olivier Paccalin, fondateur du Site du Made in France – une plateforme qui promeut les produits des fabricants engagés dans une démarche de production française. Il «existe peu de fraude sur ce marquage, notamment parce qu’il repose sur le volontariat».
Notons qu’aucune loi n’oblige les entreprises à indiquer l’origine de leurs produits, sauf pour les cosmétiques et l’alimentation. En revanche, lorsqu’une marque choisit de dire que son produit est «made in France», elle s’expose à de lourdes sanctions en cas de fraude. «Des contrôles, aléatoires ou ciblés, sont régulièrement menés par les douanes et la Répression des fraudes», précise Valérie Brochet.
D’autres labels peuvent également inspirer confiance. Olivier Paccalin cite la certification «Origine France garantie», qu’il qualifie de «très sérieuse». Dans l’alimentaire, les indications géographiques (IGP, AOP) offrent aussi de solides garanties, grâce à des cahiers des charges stricts et à des contrôles réguliers. Enfin, les marquages territoriaux se développent : «made in Marseille» ou «made in Lyon», portés par les collectivités locales. «Tous ces labels sont valables», assure l’expert.
En revanche, la prudence s’impose face aux mentions non réglementées, comme «Créé à Paris» ou «Designé à Paris». Méfiance aussi quant à l’usage décoratif du drapeau tricolore. «Dès que le vocabulaire utilisé s’écarte du formel “Fabriqué en France”, il faut se méfier, alerte Olivier Paccalin. Il y a énormément de tromperies. On se fait tous avoir !»
Une piste sérieuse pour réduire les émissions de CO2
Depuis le début des années 2000, la consommation de produits «made in Europe» recule. Une tendance observée en France, mais aussi en Allemagne, en Espagne ou en Italie, selon un rapport de la Banque de France publié en juin dernier. Cette évolution s’explique notamment par «l’allongement des chaînes de valeur mondiales et l’intégration massive de la Chine dans le commerce international», note l’étude. À tel point qu’en 2019, environ 30% des exportations françaises étaient composées de produits importés, contre moitié moins en 1965.
Les bénéfices écologiques d’une relocalisation de la production sont pourtant réels. D’après les simulations de la Banque de France, si une entreprise manufacturière (qui utilise de la matière première) qui produit un milliard d’euros de valeur ajoutée – la richesse produite lors du processus de production – s’installait en France plutôt qu’à l’étranger, 24 400 emplois seraient créés. Surtout, comme la production française est globalement moins carbonée que celle de nombreux pays, les émissions mondiales de CO2 diminueraient de 740 kilotonnes.
«C’est pour ça qu’il faut que les consommateurs favorisent le made in France», plaide Olivier Paccalin. D’autant plus qu’au-delà du transport, les fabricant·es du «made in France» sont souvent engagé·es, dès la production, dans une démarche écologique. Cela se reflète dans le choix des matériaux, la gestion des déchets ou la recherche de circuits courts, insiste Olivier Paccalin : «Ils pourraient produire moins cher à l’étranger. Mais ils choisissent de se battre pour trouver des partenaires locaux, des matières premières biologiques, des filières de proximité…» Et de conclure, admiratif : «Ce sont des héros, selon moi.»
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