Il aura fallu dix jours pour qu’elles et ils consomment leur budget carbone annuel. Selon l’organisation Oxfam, les 1% les plus riches du monde ont atteint le 10 janvier la quantité maximale de CO2 que chaque humain·e peut émettre si l’humanité veut respecter la limite de +1,5°C de réchauffement climatique par rapport à l’ère préindustrielle (vers 1850). Soit le seuil prévu par l’Accord de Paris. Les 0,1% les plus riches ont franchi cette barre fatidique dès le 3 janvier.

Pour arriver à cette conclusion, Oxfam s’est appuyée sur le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Il établit que le niveau d’émissions annuelles compatible avec une limitation du réchauffement climatique mondial sera de 24 milliards de tonnes de CO2 équivalent en 2030 – dont environ 17,8 milliards de tonnes de CO2. Si l’on divise ce dernier nombre par la population de 2030 (8,5 milliards d’individus, selon l’ONU), on obtient le budget d’émissions individuel à ne pas dépasser : de 2,1 tonnes de CO2 par an.
Oxfam, qui s’est appuyé sur les données du Stockholm Environment Institute, a aussi calculé que les 1% les plus riches émettent 75,1 tonnes de CO2 par personne et par an (selon les données de 2023, les dernières disponibles), soit 0,206 tonne par personne et par jour. Cela signifie que 10,2 jours d’émissions suffisent pour épuiser le budget de 2,1 tonnes de CO2.
«La lutte contre le réchauffement climatique n’est pas une fatalité»
Pour rester sous la barre des +1,5°C, les 1% les plus riches devraient ainsi réduire leurs émissions de 97% d’ici à 2030, a mesuré Oxfam. Pour cela, «les gouvernements disposent d’une solution simple, cibler les plus gros pollueurs», selon Alexandre Poidatz, responsable de plaidoyer pour l’ONG.
L’homme d’affaires Bernard Arnault, patron du groupe LVMH, est l’un d’entre eux. Étant donné que le milliardaire émet chaque année 10 400 tonnes de CO2e – selon une estimation de 2021 de deux chercheurs –, ce dernier a «épuisé son budget carbone annuel depuis le 1er janvier, à 2h15 du matin», selon Oxfam.
«La lutte contre le réchauffement climatique n’est pas une fatalité, poursuit Alexandre Poidatz. Il est temps de faire peser le poids de la transition sur les personnes qui émettent le plus et qui ont le plus de moyens pour réduire nos émissions rapidement.»
Pour plus de justice climatique, l’ONG appelle entre autres mesures à une hausse des impôts sur les revenus et la fortune des ultra-riches. Mais aussi à la création d’une taxe sur les profits excessifs des entreprises fossiles, qui pourrait s’appliquer à 585 compagnies pétrolières, gazières et charbonnières et rapporter jusqu’à 400 milliards de dollars (342 milliards d’euros) dès la première année.
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