Deepfake : une vidéo truquée utilise les progrès de l’intelligence artificielle pour décrédibiliser les opposants à l’A69

Enfumer nuit à la santé.
Sur les réseaux sociaux, des internautes utilisent l’intelligence artificielle pour donner corps à leurs idées politiques… quitte à travestir la réalité. Dernier exemple en date : l’interview caricaturale de faux militant·es anti-A69, permise par les dernières avancées de Google dans le domaine.

«Donc vous êtes contre l’A69 ?», lance un journaliste en costard à une jeune femme aux cheveux bleus, piercings et tatouages apparents, vêtue d’un t-shirt où est inscrit «RSA love» (pour revenu de solidarité active, l’allocation de l’État pour les personnes aux faibles ressources). À l’arrière plan, on distingue des groupes de jeunes gens, dont certain·es ont des pancartes à la main, dans un champ qui pourrait s’apparenter au décor près du chantier controversé de l’autoroute A69 entre Toulouse (Haute-Garonne) et Castres (Tarn).

«Oui, il n’y en a pas besoin ici», répond la jeune femme au journaliste. «Vous habitez ici ?», interroge ce dernier. «Non, j’habite Paris». Le journaliste éclate de rire. La militante aux cheveux bleus, qui ne voit apparemment pas la moquerie, lui sourit.

Cet article est en accès libre.

Je fais un don

Cette vidéo a été visionnée près de 100 000 fois sur Tiktok et reprise sur les réseaux sociaux par les partisans de la construction de l’A69 depuis une semaine. Des commentaires dénoncent la déconnexion des «bobos parisiens», moquent la couleur des cheveux de la militante ou l’inscription de son t-shirt. Sauf que… le journaliste et la militante n’existent pas. La vidéo a été générée par l’intelligence artificielle.

Ces personnes n’existent pas. © Capture d’écran Youtube de la fausse vidéo générée par IA

À l’image, plusieurs indices nous aident à déceler la supercherie en plus des réactions peu naturelles des protagonistes : le nom du média sur le micro est illisible, un flou entoure les mouvements des individus qui traversent l’écran ou la bouche de la jeune femme quand elle parle, les lettres sur les pancartes à l’arrière plan ne font pas sens…

Surtout, en retrouvant la vidéo d’origine, postée sur Youtube le 11 juillet dernier, la description précise «Réalisée par IA». Selon le média Fracas, cette vidéo, comme d’autres du même style, a été publiée par Antony Frandsen, un manager de magasin de e-cigarettes, résident de Castres et fondateur d’un groupe pro-A69. Il est déjà intervenu sur Cnews pour défendre le projet.

Toujours selon la revue écologiste, la multiplication de ce type de vidéos sur les réseaux a été rendue possible par le nouveau générateur de vidéos par intelligence artificielle de Google, VEO-3. Ces deepfakes — c’est le nom de ces vidéos truquées — pourraient même déjà avoir un impact déterminant sur le réel (sur les émeutes, les conflits ou les élections) selon le magazine Time. D’après un article du média américain Fast Company, relayé par Fracas, les vidéos racistes et réactionnaires générée par l’IA ont explosé sur Tiktok depuis la mise au point de l’outil de Google.

Combien d’années d’inaction politique ? Combien de victimes ?

Après les scandales de l’amiante, du plomb, ou du chlordécone, l’histoire semble se répéter aujourd’hui avec les PFAS, le cadmium, les pesticides toxiques, les perturbateurs endocriniens et tant d’autres nouvelles substances.

Alors que les alertes des scientifiques sont à nouveau ignorées, que les intérêts des industriels sont toujours mieux protégés que notre santé, et que les citoyen·nes, mal informé·es, risquent de faire des choix nocifs pour leur santé et celle de l’environnement, le journalisme a un rôle inédit à jouer. Vous avez le droit d’être bien informé·es pour rester en bonne santé.

Pour répondre à cette urgence écologique et de santé publique, Vert monte une toute nouvelle équipe de journalistes, scientifiques et citoyen·nes, capable de révéler les pollutions, d’exposer les responsables, et de faire émerger les solutions pour rester en bonne santé.

Objectif : 5 000 soutiens mensuels pour créer ensemble un journalisme qui nous protège.

C'est parti