Il fait environ moins 18 degrés Celsius dans le New Hampshire, État du nord-est des États-Unis, ce 20 janvier 2024. Malgré ces températures polaires, des milliers de partisan·es de Donald Trump piétinent dans le froid, plusieurs heures à l’avance, pour assister au meeting du candidat républicain. Au milieu des trumpistes, un écrivain québécois patiente. «Je voulais voir de quoi avait l’air le bonhomme. Comment il parle aux gens, comment il les manipule. Il y a quelque chose de surréaliste dans ces meetings-là», raconte à Vert Alain Roy.

Dans son livre Le cas Trump (2025, éditions Écosociété), l’auteur canadien croise le récit de ce rassemblement trumpiste avec un portrait du président américain, réinvesti à la Maison-Blanche le 20 janvier 2025, un an jour pour jour après le raout auquel il a assisté.
En ce début 2026, la popularité du milliardaire d’extrême droite est en berne : 39% des citoyen·nes des États-Unis approuvent sa politique (contre 47% lors de son investiture), selon le baromètre Reuters-Ipsos. Et seulement 33% approuvent sa gestion de l’économie, pourtant considérée par les sondé·es comme le problème principal aux États-Unis. Rien d’étonnant pour Alain Roy. L’écrivain rappelle que, contrairement à l’image d’homme d’affaires à succès qu’il a voulu projeter, Donald Trump a fait faillite à de nombreuses reprises.
Vous avez travaillé sur la personnalité de Donald Trump et essayé de comprendre sa façon de réfléchir. Est-ce que l’attaque des États-Unis contre le Venezuela le 3 janvier vous a surpris ?
Durant toute l’année 2025, il a tenu toutes sortes de propos sur le Canada. Il disait vouloir en faire le 51ème État des États-Unis. Il parlait aussi d’annexer le Groenland. Au Venezuela, on sentait que quelque chose venait : il avait bombardé des bateaux, placé un porte-avions au large du pays… Cela faisait plusieurs mois que l’opération était en préparation. On dirait que, dans le scénario qui était écrit, 2026 était prévue comme l’année de la prédation. On a lancé les ballons d’essai en 2025. Puis, en 2026, on est passé à l’action.
C’est-à-dire ?
Dans mon livre, je pose la question de la dangerosité de Trump. C’est comme s’il utilisait la stratégie des petits pas : il fait une déclaration, puis un geste et un autre geste… Après le Venezuela, on peut craindre qu’ils mettent en pratique tout ce qu’il a annoncé.

Il y a chez lui une espèce de volonté de puissance. On sait qu’il admire Vladimir Poutine et qu’il voudrait être aussi riche, aussi puissant que lui. C’est pour ça que, dans mon ouvrage, je parle du «Poutine de l’Amérique». Son avocat personnel raconte des choses là-dessus. Donald Trump veut être un homme fort, être le plus puissant.
Et puis, il n’a aucun respect pour les lois, ça a toujours été comme ça. Quand Trump commet des actes illégaux et qu’on le poursuit, il voit ça comme une attaque de gens malveillants contre sa personne. C’est comme si les notions de bien et de mal n’existaient pas dans sa psyché.
Ce 20 janvier marque la première année depuis son retour au pouvoir. Selon vous, qu’est-ce qui est différent entre le Donald Trump de 2016 et celui-ci ?
En 2016, il ne pensait pas prendre le pouvoir. Pour lui, c’était comme une opération marketing. Il était sûr qu’Hillary Clinton allait gagner. Il a été surpris et n’était pas préparé. Depuis, il y a eu les procédures de destitution, l’élection perdue contre Joe Biden [en 2020, NDLR]… Le Trump 2.0, c’est vraiment un Trump sur le mode vengeance et beaucoup mieux préparé.
Cette fois-ci, on sent qu’il y a toute une équipe autour de lui, qui a élaboré un plan. Il y a tous ces gens de la Heritage Foundation, qui ont fait le fameux «Projet 2025» [un document de 922 pages rédigé par ce think tank conservateur, qui prévoyait le démantèlement des agences d’État, la guerre commerciale ou la chasse aux immigré·es, NDLR]. Et on voit qu’il applique méthodiquement ce plan.

Trump se venge aussi de tous ses ennemis, notamment des personnes qui ont engagé des poursuites contre lui. Comme l’ancien directeur du FBI, James Comey [Donald Trump lui reproche l’enquête menée par l’agence fédérale sur les ingérences russes dans la campagne présidentielle de 2016, NDLR] ou son ancien conseiller en diplomatie, John Bolton [à qui il reproche la parution d’un livre dans lequel il le décrit comme «inapte» à gouverner les États-Unis, NDLR].
En un an de Donald Trump au pouvoir, qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?
Peut-être le Venezuela, car il est passé de la parole aux actes. Mais il a fait toutes sortes de choses épouvantables sur le plan domestique. Il y a eu la création du Doge, cette agence avec Elon Musk qui faisait les coupures massives [notamment sur le dos des services publics, NDLR].
Il y a aussi l’ICE [la police de l’immigration], ces agents masqués qui s’emparent de personnes immigrantes pour les chasser. Ou la garde nationale, qu’il envoie face à ceux qui manifestent contre les coupures dans l’aide internationale et médicale. Ou encore les attaques contre les universités, contre les professeurs…
En matière d’écologie, il a aussi pris de nombreuses décisions qui favorisent la pollution et nuisent à la santé des Américains…
Oui. D’une certaine façon, on a l’impression que Trump est un destructeur. C’est comme s’il était animé par une volonté d’auto-destruction, qu’il voulait détruire les États-Unis. Tout ce qu’il fait, c’est attaquer les universités, la presse libre, le domaine de la santé… C’est insensé. Pour quelqu’un qui veut renforcer les États-Unis, il fait l’exact contraire.
Dans votre livre, vous racontez que Trump s’est construit une image de businessman à succès – un argument qui a beaucoup séduit les Américains, préoccupés par l’économie lors de la campagne présidentielle. Pourquoi est-ce un écran de fumée ?
Parce qu’il est d’abord l’héritier de son père. Trump a toujours prétendu que son père lui avait seulement accordé un prêt d’un million de dollars, qu’il lui aurait remboursé, et qu’il aurait fait sa fortune tout seul. Mais on sait que c’est absolument faux. Une enquête approfondie des journalistes du New York Times a montré que, en réalité, il a reçu 413 millions de dollars [environ 355 millions d’euros, NDLR] de son père.
En tant qu’homme d’affaires, il a aussi additionné les faillites, notamment lorsqu’il s’est lancé dans l’industrie des casinos à Atlantic City [dans le New Jersey, NDLR]. Il était ruiné au milieu des années 1990. À ce moment-là, il a commencé à participer à la série télévisée The Apprentice : une télé-réalité dans laquelle il jouait le personnage de l’homme d’affaires à succès, alors qu’il était ruiné. La télé a réussi à imposer cette image-là.
Il a donc retrouvé une certaine fortune, mais surtout en tant que comédien sur le petit écran. C’est pour ça que plusieurs personnes décrivent Trump comme une sorte d’acteur, de showman, plutôt que comme un réel homme d’affaires. Comme businessman, ses résultats laissent beaucoup à désirer.
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