Désordres de grandeur

Le Black Friday, un désastre écologique en cinq chiffres clés

Promo sapiens. Chaque année, avec le Black Friday, novembre marque le coup d’envoi d’une frénésie d’achats. Un événement promotionnel qui encourage une consommation massive aux lourdes conséquences pour l’environnement. Tour d'horizon.
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Le Black Friday, le Cyber Monday, ou leurs alternatives comme le Black Month… Les événements promotionnels se multiplient à l’approche des fêtes de fin d’année. Pour attirer les client·es, les vendeur·ses n’hésitent pas à afficher en vitrine des réductions de -50%, -60%. En France, plus de sept Français·es sur dix (72%) envisagent de participer à cette grand-messe de la consommation, selon une étude du cabinet Boston Consulting Group (BCG) publiée le 13 novembre.

345 euros en moyenne par Français

Cette année, le budget moyen des Français·es devrait augmenter pour atteindre 345 euros par personne, selon le BCG, contre 315 euros l’an dernier. Une hausse sensible qui confirme la montée en puissance de l’événement cette dernière décennie : le panier moyen s’élevait encore à 255 euros en 2022.

50% des Français envisagent d’acheter des vêtements

Espérant faire la bonne affaire, les Français·es se précipiteront majoritairement sur les vêtements (50%), sur l’électronique (34%) et les produits de beauté (32%), nous apprend ce même sondage. Des secteurs au coût environnemental très lourd : le textile est responsable chaque année de près de 10% des émissions de gaz à effet de serre mondiales, autant que le transport aérien. Et la culture du coton, par exemple, nécessite l’usage intensif de produits chimiques qui contaminent les sols et les eaux.

Le Black Friday, «symbole de la surproduction». © Romain Doucelin/NurPhoto via AFP

À cela s’ajoute l’impact énergétique des processus de fabrication comme la teinture des tissus, qui requiert d’importantes quantités d’énergie et de produits chimiques, ainsi que la très grande consommation d’eau. «Ce secteur s’approprie chaque année 4% de l’eau potable mondiale, pointe Youlie Yamamoto, porte-parole de l’ONG Attac France. Le temps du Black Friday augmente la pression sur les zones les plus sèches.»

Plus généralement, l’experte invite à résister à la tentation de consommer : «Le Black Friday, c’est le symbole de la surproduction… Les commerçants usent de méthodes marketing offensives qui nous entrainent vers une fuite en avant de la dégradation sociale et environnementale.»

32% des achats se feront en ligne

Le e-commerce est chaque année de plus en plus plébiscité. Près d’un tiers des Français·es (32%) prévoient de faire des achats uniquement en ligne pendant cette période, selon l’étude – et 54% d’entre elles et eux envisagent de faire des achats à la fois en boutique et en ligne. Amazon, Google… Ce sont a priori ces deux sites qui auront la faveur des Français·es, nous apprend encore le sondage.

Les volumes de colis devraient ainsi augmenter jusqu’à 73% pendant la semaine du Black Friday, selon les données de Sendcloud Shipping Intelligence, une plateforme qui assure le suivi des colis, en partenariat avec plusieurs transporteurs. Du côté de La Poste, les compteurs aussi vont exploser. L’agence s’apprête à trier et à distribuer près de 180 millions de colis sur les mois de novembre et décembre, soit une hausse de 6% par rapport à l’année passée, rapportait RTL il y a quelques jours.

Des emballages au transport, en passant par la livraison à domicile, cette pratique de l’achat en ligne «accentue d’autant plus l’empreinte carbone de l’événement, pointe Youlie Yamamoto. En Europe, le transport de marchandises c’est plus d’un million de tonnes de CO2 émises chaque année.» Et, pendant le Black Friday, le pic d’émissions est 94% plus important que pendant une semaine ordinaire, estimait Transport & Environment en 2022.

«Une animation commerciale»

À tous ces coûts s’ajoute celui du gaspillage. Sur les millions de colis expédiés en période de Black Friday, environ un quart sont renvoyés à l’expéditeur par les consommateur·ices, soulignait en 2018 une étude menée par Greenpeace en Allemagne.

De quoi remettre en cause nos motivations d’achat, surtout que le Black Friday n’est même «pas une période de solde ni de remise, assure Grégory Caret, directeur de l’observatoire de la consommation de l’UFC-Que Choisir. C’est une animation commerciale, qui consiste à vous faire miroiter des remises qui n’en sont pas.» Il en veut pour preuve la dernière «pêche aux fausses promotions» de Que Choisir : un recensement des arnaques promotionnelles des sites de e-commerce les plus plébiscités. Cette année, l’étude a montré qu’un casque audio Amazon vendu à 259 euros pendant le Black Friday se monnayait au même prix… au mois de juillet.

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