Vert au carré

ChatGPT, «c’est pas vraiment magique» : la chronique de Juliette Quef dans la Terre au carré 

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Qu’est-ce qu’IA ? Cette semaine, la présidente de Vert se penche sur l’empreinte écologique du célèbre outil d’intelligence artificielle générative. Derrière la magie numérique, se cache une réalité moins féérique. Cliquez ici pour (ré)écouter cette chronique diffusée sur France inter le 27 novembre 2024.

Mathieu Vidard : Juliette, aujourd’hui, vous nous parlez de ChatGPT. Il paraît que le numérique, c’est fantastique. On est sûr de ça ?

Ah, figurez-vous qu’aujourd’hui, j’étais un peu fatiguée. Je me suis dit : tiens, si je demandais à ChatGPT d’écrire ma chronique ? Eh bien, surprise : le résultat n’était pas si mal ! Le chômage nous guette, Mathieu… enfin, pas tout à fait, rassurez-vous.

Composer un poème, trouver une recette de cuisine ou même expliquer des théories complexes : cet outil d’intelligence artificielle générative, créé par la société américaine OpenAI, semble capable de tout et exauce nos souhaits en quelques secondes.

Mais derrière cette magie numérique se cache une réalité bien moins féérique : l’impact environnemental de la bête est colossal et, malheureusement, souvent invisible. Il est d’ailleurs difficile à calculer car, bizarrement, les entreprises du secteur communiquent peu sur ses effets.

Mais Juliette, a-t-on au moins des ordres de grandeur sur ces impacts ?

Oh que oui, et ils sont édifiants ! Pour répondre à toutes les requêtes de ses quelque 200 millions d’utilisateur·ices régulier·es, il faut à ChatGPT une énergie phénoménale. Ma collègue Justine Prados a fait ce calcul pour Vert : un simple échange avec ChatGPT-4 génère en moyenne 0,27 kilogramme de dioxyde de carbone.

Faites ça dix fois par jour, et vous atteignez près d’une tonne de CO2 en un an. Une tonne : ça correspond à la moitié de ce qu’une personne ne devra pas dépasser en une année d’ici 2050 pour respecter l’Accord de Paris.

Et pourquoi ? À cause des centres de données, ces immenses usines à calcul qui avalent des quantités astronomiques d’électricité. D’après la banque américaine Morgan Stanley, l’IA générative pourrait, dès 2027, consommer autant d’énergie qu’un pays comme l’Espagne.

Mais ce n’est pas tout. Refroidir ces infrastructures ou produire leurs composants exige beaucoup d’eau : 50 centilitres pour quelques dizaines de requêtes sur ChatGPT3. Imaginez ça multiplié par les milliards de questions posées chaque jour… vertigineux, non ?

N’oublions pas non plus la fabrication des composants informatiques qui nécessite tout un tas de métaux rares comme le cuivre, le cobalt ou le lithium. Malheureusement, leur extraction aggrave la déforestation, pollue les eaux et, dans certains cas, viole les droits humains.

Mais on a sans doute des solutions pour réduire ces impacts, non ?

En théorie, oui, mais en pratique, c’est compliqué. Plus les modèles sont performants, plus leur empreinte écologique grandit. La version 4 de ChatGPT, par exemple, émet 100 fois plus de CO2 que la version 3.5 sortie cinq mois plus tôt.

Et ça se voit sur les bilans climatiques des géants du numérique, qui sont en train d’exploser. Prenez Microsoft : ses émissions de CO2 ont bondi de 30% entre 2020 et 2024, malgré ses promesses de neutralité carbone d’ici 2030. Google, lui, affiche une augmentation de 48% entre 2019 et 2023. Et à cause de quoi ? L’IA, évidemment.

Au final, la vraie question c’est : à quoi sert toute cette énergie dépensée par ChatGPT ? La formatrice à l’IA Amélie Cordier observe avec justesse que «les gens utilisent ChatGPT pour tout et n’importe quoi. C’est amusant de lui demander la météo façon Shakespeare, mais est-ce vraiment nécessaire ?»

Pour des requêtes simples, mieux vaut préférer Google ou d’autres moteurs de recherche, qui sont six à dix fois moins gourmands en énergie. Lou Welgryn, de l’ONG Data for good, propose aussi d’instaurer un diagnostic de performance énergétique (DPE) pour les IA. Cela inciterait les entreprises à optimiser leurs modèles et permettrait aux utilisateur·ices de faire des choix éclairés.

Alors, la prochaine fois, Mathieu, que vous demandez à ChatGPT de composer une déclaration d’amour pour votre toutou – oui, je sais que vous le faites -, rappelez-vous que le numérique, c’est pas vraiment magique.

📻 Vert est sur France inter ! Tous les mercredis à 14h50, retrouvez une nouvelle chronique d’actualité de nos journalistes Loup Espargilière et Juliette Quef en direct dans la Terre au carré.

«La démocratie meurt dans les ténèbres»

Ce slogan du Washington Post résonne tristement, alors que ce monument de la presse étasunienne, propriété de Jeff Bezos, licencie 300 de ses 800 journalistes.

Motif : le journal perd de l’argent, 100 millions de dollars en 2024. Soit un 2400ème de la fortune de son propriétaire.

Un sabotage en règle de son propre journal pour l’empêcher d’être un contre-pouvoir à Donald Trump, à qui il a prêté allégeance.

Dans le même temps, sa célèbre société de vente de colis a déboursé 75 millions de dollars pour produire et diffuser un documentaire de propagande sur la First Lady Melania Trump.

Chaque achat sur sa plateforme, c’est de l’argent en plus pour Bezos, qui lui sert à aggraver la désinformation, s’acheter du pouvoir politique, précariser les travailleur·ses et aggraver la crise climatique.

Elle doit disparaître de nos vies, maintenant et pour toujours.

Il y a une autre urgence : soutenir la presse indépendante, qui n’appartient à personne d’autre qu'à vous et ne sera jamais aux mains de ces dangereux personnages.

✊ Ne restez pas dans votre coin à désespérer : rejoignez les milliers de membres du Club de Vert pour construire la relève médiatique ENSEMBLE.

Vous avez le pouvoir de rallumer la lumière.