Les boucs (mais pas que) émissaires


Accusés d'être à l'origine de la pandémie, consommés comme des remèdes à la maladie, les animaux ont de quoi se faire de la bile.

La fausse bonne volonté climatique française...

Sous la pression des associations, les députés de la majorité ont bien fini par introduire une contrepartie écologique au plan de sauvetage de 20 milliards d'euros à de grandes entreprises polluantes françaises. Hélas, celle-ci n'engage à rien du tout et ne constitue qu'une tentative de « greenwashing ».

Retour en arrière. Tout au long de la journée du vendredi 17 avril, l'Assemblée nationale examinait le projet de budget exceptionnel censé faire face aux conséquences de la crise du Covid-19. Parmi les mesures de soutien soumises au vote : le renforcement de la participation de l'Etat au capital d'« entreprises stratégiques », telles qu'Air France ou Renault. Des firmes au piètre bilan environnemental, frappées de plein fouet par le ralentissement de l'économie mondiale. 

Alors qu'aucune contrepartie écologique à cette aide massive n'avait été envisagée, plusieurs ONG ont mené la charge pour ne pas laisser passer cette occasion d'améliorer le bilan carbone de ces entreprises. Des élu•e•s, dont l'ex-macroniste de sensibilité écologiste, Matthieu Orphelin, ont porté un amendement visant à conditionner cette aide à la mise en place d'une stratégie de réduction de leur empreinte écologique. En cas de non-respect de cette obligation, les entreprises se seraient exposées à des sanctions financières. 

Le tweet de Matthieu Orphelin, député du Maine-et-Loire

Cet amendement a été refusé par la majorité au profit d'un autre, beaucoup plus doux et sans contrainte. Ce dernier requiert que les entreprises aidées « intègrent pleinement et de manière exemplaire les objectifs de responsabilité sociale, sociétale et environnementale dans leur stratégie, notamment en matière de lutte contre le changement climatique ». Son amendement « remplacé par un simple rapport », Matthieu Orphelin a qualifié la manœuvre de « greenwashing du gouvernement » dans un tweet.

 

… et européenne

Au même moment, les eurodéputé•e•s ne faisaient guère fait preuve de plus d'ambition. Vendredi 17 avril, en séance plénière, elles et ils ont voté une résolution énumérant certaines actions à mener contre le Covid-19, qui fait la part belle aux mesures écologiques contenues dans le pacte vert européen. 

Mais les mêmes élu•e•s ont refusé que soit inscrit - dans un texte pourtant non-contraignant - le respect de l’accord de Paris et la limitation du réchauffement climatique parmi les objectifs de la relance européenne, comme l'explique Contexte.

La quasi-totalité des élus de la droite française et de la liste Renaissance (qui rassemble les eurodéputé•e•s macronistes) a ainsi voté contre la référence à « une stratégie industrielle visant à contenir le réchauffement climatique bien en deçà de 2 °C »

Ours et rhinocéros, victimes des remèdes traditionnels chinois contre le Covid-19

Le remède serait-il pire que le mal ? Bile d'ours et corne de rhinocéros figurent parmi les traitements du Covid-19 issus de la médecine traditionnelle chinoise (MTC).

Comme le rapporte Libération, les autorités chinoises avancent que 85% des personnes atteintes par le Covid-19 auraient reçu des traitements issus de la MTC. La majorité des remèdes mis en avant par cette méthode ancestrale de soin est à base de plantes et de minéraux. 

Mais, depuis la fin mars, la Commission nationale de la santé fait la promotion du Tang Re Qing, une injection contenant de la bile d’ours, qui sert à traiter bronchites et infections des voies respiratoires, explique encore Libération. Plus de 10 000 ours seraient en captivité en Chine pour la culture de leur bile, selon l'ONG Animals Asia

Les images de fermes à bile d'ours en Chine © Brut

Autre traitement, utilisé contre la fièvre, le Angong Niuhuang Wan contient de la corne de Rhinocéros. Si les autorités recommandent de lui préférer celle du buffle, beaucoup de commerçants rechigneraient à utiliser ce substitut supposé moins efficace. 

Des ONG, comme l'Environmental Investigation Agency, plaident pour que la Chine bannisse l'usage des espèces menacées de sa médecine traditionnelle. A lire dans Libération

Quand le CAC40 s'incruste dans les programmes de lycée

Enseigner les valeurs écologistes de Total dès le lycée : c'est ce que propose une plateforme de cours, destinée aux élèves et enseignants de sciences économiques et sociales (SES), validée par l'Education nationale

« Carrefour et la question de la biodiversité » ; « Total. Le climat, un enjeu pour la stratégie d’entreprise » ; « Vinci Autoroutes et la question environnementale », voici les intitulés de certains enseignements dispensés par Melchior. Ce site internet, repéré par Reporterre, est né de la collaboration entre le ministère de l'éducation nationale et l'Institut de l’entreprise : un think tank dont sont adhérentes plus d’une centaine de grandes entreprises françaises, de fédérations professionnelles, de banques, etc. 

Melchior propose des cours clés en main, dont le but affiché est de « mieux comprendre et valoriser le rôle de l’entreprise au cœur de la société ». Problème, on y trouve très peu de contrepoints aux argumentaires – parfois malhonnêtes - des grandes sociétés, notamment en matière d'environnement. 

« Sous couvert de proposer des activités pédagogiques à des lycéen.ne.s, le programme Enseignants-Entreprises se transforme en opération de communication »a dénoncé l’Association des professeurs de SES (Apses), début mars. « La place des lobbies n'est pas dans l'école publique », juge Solène Pichardie, co-présidente de l'Apses. Plus d'informations à lire dans Reporterre

Les circuits courts comme remède à la crise

Après la fermeture des marchés et des restaurants, conséquences des mesures de confinement prises contre le Covid-19, les petits producteurs français ont perdu une grande partie de leurs débouchés. Mais certains ont réussi à se réinventer et leurs produits sont plébiscités par les acheteurs. 

Comme à Péronne (Somme) ou à La Roque-d’Anthéron (Bouches-du-Rhône), de nombreux agriculteurs se sont regroupés au sein de drives fermiers pour écouler leurs produits, raconte le Monde. En Aveyron, des producteurs bio se sont coalisés pour mélanger leurs produits au sein de paniers distribués dans une salle des fêtes. Un franc succès. Idem sur le parking d'une salle des fêtes de Meurthe-et-Moselle.

Autres réussites de la vente en circuit court : la fédération interrégionale des associations pour le maintien d'une agriculture paysanne (Miramap) fait le plein de nouvelles demandes d'adhésions, rapporte encore le Monde.

Alors que les frontières sont fermées aux travailleurs étrangers, et que les grandes exploitations agricoles européennes font face à une pénurie de main d'oeuvre, les circuits courts constituent une solution à brève échéance face à la crise ; ainsi qu'à plus long terme : ils permettent de réduire le coût environnemental de l'alimentation (environ 12,5% des émissions mondiales de CO2) voire, le danger pandémique, comme vous pourrez le voir dans la vidéo ci-dessous. A lire dans le Monde (abonnés). 

Comment l’humanité déclenche des pandémies

S'il y a un responsable à la crise du Covid-19, celui-ci n'est pas tant à chercher du côté des pangolins ou des chauve-souris, que dans un miroir. La pandémie actuelle, au même titre que les précédentes, est bien le fait de la conquête incessante de nouveaux territoires à la recherche de ressources des humains, comme l'expose très bien le Monde dans cette vidéo. 

© Le Monde