L’afin du monde


Le ou les effondrements qui se profilent nous invitent à la recherche d'un peu de sens, y compris celui des mots.  

L'éco-anxiété, frein intérieur à l'action climatique

La découverte de l'état réel de la planète peut provoquer un choc. A tel point que celles et ceux touchés par l'éco-anxiété, nouveau mal du siècle, peuvent être frappé•e•s de paralysie.

Scientifiques, militant•e•s ; le mal a d'abord touché celles et ceux qui ont eu le malheur de « tomber en écologie », pénétrant le « royaume de la mauvaise nouvelle »des mots de Laure Nouahlat, journaliste et autrice de « Comment rester écolo sans finir dépressif ? ». 

De la petite déprime à la grosse dépression, l'éco-anxiété atteint une part croissante de la population à mesure que le climat se dérègle et que les informations se diffusent. On parle également de solastalgie : ce terme inventé en 2003 par le philosophe Glenn Albrecht décrit la douleur ressentie par la prise de conscience que son environnement est irrémédiablement dégradé, ou en passe de le devenir. 

Un exemple de slogan anxiogène utilisé par des activistes. Marche pour le climat à la Rochelle, en 2018 © DR

En voulant bien faire, de nombreux porte-voix du climat terrifient leurs auditeur•rice•s. Hélas, la paralysie née du trauma empêche la diffusion du savoir et l'action collective. Aussi, de plus en plus de voix s'élèvent pour proposer un autre récit de la crise. Dans le cadre du projet « Inside out », la psychologue américaine, Renée Lertzman tente de faire des dirigeants de grandes organisations des « guides », plutôt que des oiseaux de mauvaise augure, raconte le Guardian

Depuis une dizaine d'années, les psys de la Climate Psychology alliance (CPA) britannique aident le public à « affronter des vérités difficiles », en organisant des conférences ou des causeries à l'occasion de « cafés-climat », et forment les militant•e•s du climat à s'adresser à leur auditoire sans l'affoler. Un « activisme interne » qui doit s'accompagner, comme le dit au Guardian la professeure de psychologue et membre de la CPA Caroline Hickman, d'une « impitoyable compassion » envers nos sentiments et ceux de nos semblables. 

• L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses) annonce, ce vendredi, de futures restrictions d’usages pour le glyphosate, l’herbicide vendu par Bayer-Monsanto, qui s’appliqueront au cours des six prochains mois. Son utilisation sera par exemple interdite lorsqu’il peut être remplacé par du désherbage mécanique, à quelques exceptions près. Dans les grandes cultures (maïs, blé, etc.), il ne pourra plus être épandu si un labour est déjà pratiqué. L’interdiction de l’essentiel des usages est promise pour 2021, avant une sortie totale en 2023. Plus d’informations sur les nouvelles règles sur le site de France inter

• Faute de temps, la proposition de loi sur le bien-être animal portée par Cédric Villani (groupe Ecologie, démocratie et solidarité) n’a pas pu être votée, hier soir, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Après de longs échanges sur le prolongement du délai légal de recours à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), les élu•e•s n’avaient que jusqu’à minuit pour débattre de cette loi qui devait interdire la présence d’animaux sauvages dans les cirques et les élevages de visons - Le Monde (abonnés)

Dernière ZAD avant la fin du monde

Le vieil homme et l'amère. Dans Les terrestres, l'illustratrice Raphaëlle Macaron doit faire face à son angoisse grandissante de fin du monde à mesure qu'elle suit l'écologiste Noël Mamère dans sa quête de réponses sur l'effondrement.

C'est l'histoire d'un tandem improbable, celui d'une jeune dessinatrice instagrameuse, et d'un ancien candidat Vert à la présidentielle français qui renoue avec ses premières amours, le journalisme. 

Noël Mamère est fasciné par la notion d'effondrement : l'idée selon laquelle des pans entiers des écosystèmes planétaires pourraient se détruire brusquement, entraînant avec eux nos sociétés déliquescentes. Il entraîne Raphaëlle Macaron dans une série de reportages sur la ZAD de Notre-dame des Landes (Loire-Atlantique), chez les bâtisseurs d'une maison éco-construite à la Réole (Gironde), ou dans un entretien avec Pablo Servigne, chef de file des « collapsologues », ces penseur•euse•s de l'effondrement.

La curiosité teintée d'optimisme de l'activiste de toujours tranche avec la relative indifférence de l'autrice, qui se mue peu à peu en terreur alors que celle-ci prend conscience de l'ampleur de la catastrophe. 

Un savoureux périple tragi-comique à travers la France qui se prépare à changer de monde, en même temps qu'un voyage intérieur sans retour hors de la prostration. 

Les terrestres, Raphaëlle Macaron et Noël Mamère, éditions du Faubourg, 2020, 140 p., 20€. 

Le vendredi, chez Vert, c'est le jour du Do it yourself (Faites-le vous-même) ! Une fois n'est pas coutume, nous vous proposons une recette en deux temps : aujourd'hui, vous apprendrez à faire votre propre levain. Celui-ci sera prêt juste à temps pour que vous vous en serviez dans la recette de pain que nous vous donnerons la semaine prochaine. Bon appétit bien sûr.

Vous pouvez cliquer sur l'image pour l'afficher en plein écran et l'enregistrer d'un coup de clic droit © Vert

Clichés de la fin du monde

Accélération des typhons, crues qui montent, glissements de terrains et fonte des glaces... Qu'on l'accepte ou non, la crise climatique est déjà là et elle produit bouleversements et catastrophes partout à travers le globe. Comme en témoigne cette vaste série de clichés de notre « Planète fragile » (Fragile Planet), du nom du livre dont ils sont issus, publiés par le Guardian. Les descriptions sont en anglais mais les images se passent de mots. 

Le Bush australien décimé par les incendies ©  Adwo/Alamy - Extrait de "Fragile Planet"